Peut-on Transformer sa Carrière Artistique Entre Deux Glaces à l’Italienne ?
Il y a quelques années encore, je pensais moi aussi que l’été devait forcément être une période de pause complète dans une carrière artistique. Une sorte de parenthèse obligatoire pendant laquelle il fallait “débrancher”, arrêter de réfléchir, récupérer à tout prix avant la rentrée (bonjour la pression de l’injonction au farniente…) pour ensuite reprendre les choses “sérieusement” en septembre… et crouler sous les angoisses qu’on pensait parties à la dérive alors qu’on leur avait simplement enfoui la tête dans le sable.
Avec le temps, je ne crois plus à cette manière de fonctionner en “tout ou rien”. Je crois aujourd’hui davantage à un équilibre plus homogène au fil de l’année, à une façon de vivre sa carrière et son énergie de manière plus fluide, plus respectueuse de soi, moins basée sur l’alternance entre surmenage et récupération forcée.
Et c’est d’ailleurs quelque chose que j’ai énormément observé en accompagnant des artistes interprètes ces dernières années: certaines des plus grandes bascules professionnelles et identitaires que j’ai vues chez mes client.e.s ont eu lieu… pendant l’été.
Non pas parce qu’ils ou elles travaillaient davantage, mais parce qu’ils et elles avaient enfin suffisamment d’espace intérieur pour entendre ce qui ne pouvait pas émerger dans le bruit du reste de l’année.
Comme si ce ralentissement différent, moins dans l’activité elle-même que dans le rapport au temps, à la pression et à l’urgence, leur permettait enfin de revenir à quelque chose de plus juste.
Et très souvent, cela transformait ensuite toute leur manière de vivre l’année : ces artistes n’étaient plus constamment coincé.e.s dans cette logique d’épuisement puis de récupération, de tension puis de coupure… Leur expérience partagée était la confirmation très concrète de quelque chose que je pressentais intuitivement depuis longtemps.
“The Gilrs of Summer” de Stephen Sondheim, chanté par Amelia Feuer, accompagnée par Armen Georgian
Pourquoi notre cerveau ne fonctionne pas de la même manière l’été
Au cours de l’année, beaucoup d’artistes vivent dans un état de tension quasi permanent. Il y a les auditions, les répétitions, les déplacements, les refus, les comparaisons, l’instabilité financière, la sensation de devoir constamment prouver quelque chose, de rester visible, “dans la course”.
Même lorsque l’activité est plus calme extérieurement, le système nerveux, lui, reste souvent en hypervigilance.
Or, d’un point de vue neuroscientifique, un cerveau qui fonctionne longtemps sous stress n’utilise pas ses ressources de la même manière qu’un cerveau qui se sent davantage en sécurité. Lorsque notre système nerveux est saturé, notre cerveau privilégie avant tout les comportements connus, automatiques et protecteurs. Il cherche à éviter le danger, à anticiper les problèmes, à maintenir l’équilibre. Cela demande énormément d’énergie.
Dans cet état-là, il devient beaucoup plus difficile d’avoir accès à certaines capacités pourtant essentielles dans une carrière artistique : la créativité profonde, la vision, l’intuition, la prise de recul, l’audace, ou même simplement la capacité à ressentir clairement ce que l’on désire vraiment.
C’est d’ailleurs souvent ce que mes client.e.s décrivent lorsqu’ils et elles arrivent en coaching : cette impression de travailler énormément, mais de ne plus vraiment savoir dans quelle direction avancer, d’être fatigué.e.s sans forcément comprendre pourquoi. Ces artistes en perte de sens continuent d’enchaîner les actions, mais se sentent déconnecté.e.s.
L’été crée parfois une respiration suffisamment grande pour que ce brouillard commence à se dissiper…
“Our Time” Merrily We Roll Along, Stephen Sondheim
2. L’été n’est pas forcément un ralentissement professionnel
Et cette respiration n’est pas forcément un ralentissement professionnel au sens strict. Beaucoup d’artistes continuent d’ailleurs à travailler l’été: festivals, académies, tournages, concours, stages, créations de projets, résidences, discussions avec leur agent, préparation des saisons prochaines… Le milieu artistique ne s’arrête pas réellement.
Le ralentissement se situe davantage dans le rapport au temps, au corps et au vivant.
L’été, nous avons naturellement tendance à sortir davantage de la pure logique de performance.
Les journées sont plus lumineuses, les rythmes parfois moins rigides et les moments informels plus nombreux: on accepte plus facilement de s’asseoir quelques minutes au soleil entre deux rendez-vous, de prolonger une conversation, de flâner sans objectif précis, de dîner dehors, de rire plus spontanément, de profiter d’un instant agréable sans chercher immédiatement à “optimiser” ce qu’il produit.
Et ce changement est loin d’être anodin pour le cerveau…
Les états de sécurité, de connexion humaine et de plaisir simple favorisent l’activation du système nerveux parasympathique, celui qui permet au corps de récupérer, d’intégrer les émotions et de se réguler plus profondément.
L’exposition à la lumière naturelle influence également la production de sérotonine et participe à une meilleure régulation de l’humeur, de l’énergie et du sommeil.
Quant aux interactions sociales de qualité, elles contribuent notamment à diminuer certains états d’hypervigilance en renforçant le sentiment de sécurité intérieure.
Autrement dit : lorsque nous nous autorisons davantage à vivre pleinement de petits moments de présence à soi, de connexion à l’autre ou de plaisir simple, notre cerveau reçoit progressivement le signal qu’il peut cesser, au moins temporairement, de fonctionner uniquement en mode survie.
Et c’est précisément dans ces moments-là que certaines transformations profondes deviennent possibles...
3. Pourquoi un coaching peut justement aider à mieux profiter de son été… et de la suite!
Contrairement à ce que beaucoup imaginent, un coaching pendant l’été ne consiste pas à “travailler encore plus sur soi” pendant ses vacances. Il ne s’agit pas d’ajouter une pression supplémentaire à une année déjà exigeante.
Un accompagnement bien mené ne vient pas saturer davantage le système nerveux; il vient, au contraire, l’aider à sortir d’un état de tension chronique.
Car ce qui épuise profondément beaucoup d’artistes, ce n’est pas uniquement la quantité de travail: c’est le doute constant, le sentiment de ne jamais être assez, la peur de ralentir, la confusion intérieure sur les prochaines actions à mener, ou encore, le fait de ne plus savoir si l’on avance vers quelque chose qui nous correspond réellement.
Lorsque ces questions commencent enfin à être regardées avec de la hauteur, de la douceur, plus de clarté et depuis un sentiment de sécurité, beaucoup de choses changent: le corps récupère mieux, les décisions deviennent plus simples, l’énergie se disperse moins, certaines peurs perdent de leur intensité…
L’artiste recommence progressivement à sentir qu’elle ou il a une place dans sa propre vie, et pas uniquement dans le regard des autres.
Et paradoxalement, cela permet souvent de profiter beaucoup plus pleinement de son été, parce qu’il ne s’agit plus simplement de “faire une pause” pour retourner ensuite exactement au même endroit intérieur à la rentrée: il s’agit de créer un véritable espace de réalignement avec ses intentions profondes.
Et l’énergie et l’attention qu’on met dans ce qui nous anime profondément sont peut-être équivalentes à celles que l’on fournissait avant par devoir et professionnalisme, mais elles ne sont plus vécues de la même façon: elles ne nous drainent plus, elles nous nourrissent et nous rechargent.
“Opening Up” de Waitress composé et interprété par Sara Bareilles
4. Les grandes transitions artistiques commencent souvent dans les périodes plus calmes
J’observe également que l’été est une période particulièrement fertile pour les grandes prises de conscience identitaires.
Pendant l’année, beaucoup d’artistes fonctionnent en réaction permanente aux urgences extérieures. Ils ou elles n’ont pas toujours le temps de se demander ce qu’ils.elles veulent réellement construire, ni quelle artiste ils ou elles souhaitent devenir à long terme.
Or, les moments de ralentissement permettent souvent à certaines vérités plus profondes d’émerger.
Certain.e.s réalisent qu’elles.ils ne veulent plus continuer à fonctionner uniquement dans le sacrifice, d’autres prennent conscience d’avoir considérablement revu leurs ambitions à la baisse.
D’autres encore comprennent qu’ils.elles ont construit toute leur carrière en essayant de se fondre dans les attentes d’autrui, d’être lisses ou irréprochables, sans jamais vraiment prendre la place qui leur correspond viscéralement.
Ce type de bascule demande de l’espace intérieur, et l’été offre souvent cet espace-là.
“Before the Parade Passes Me By” de Hello Dolly, composé par Jerry Herman, interprété par Pearl Bailey
5. Préparer sa rentrée artistique dès l’été
Contrairement à ce que l’on croit parfois, la saison suivante se prépare bien avant septembre.
Les artistes qui arrivent à la rentrée avec une vision plus claire de leur direction, un système nerveux plus régulé, une identité artistique plus assumée et une énergie mieux protégée ne vivent pas leur année de la même manière.
Elles.ils auditionnent autrement, prennent des décisions plus cohérentes et se laissent moins déstabiliser par les refus. Ces artistes osent davantage certaines opportunités parce qu’ils.elles ne sont plus uniquement guidé.e.s par la peur ou l’urgence, et cela a des conséquences extrêmement concrètes sur toute une saison.
L’été peut devenir bien plus qu’une simple coupure dans une carrière artistique: cette saison des festivals, des glaces à l’italienne et des grains de sable entre les orteils peut aussi devenir un espace de reconstruction intérieure, de clarification, de maturation et de préparation.
“A Summer in Ohio” de The last 5 years (Jason Robert Brown) interprété par Anna Kendrick
6. Quelques questions puissantes à vous poser cette saison
Si vous sentez depuis quelque temps que quelque chose cherche à évoluer dans votre rapport à votre carrière, à votre ambition ou à votre manière de vivre votre art, peut-être que cet été est justement l’occasion de commencer à l’écouter, pour vous autoriser à sortir des injonctions et redevenir peut-être un peu plus proche de l’artiste que vous êtes profondément… Ou vous autoriser à le.la découvrir peut-être pour la première fois!
Voici quelques questions que je vous invite à laisser doucement vous accompagner dans les semaines ou mois à venir :
Qu’est-ce qui, dans ma manière actuelle de vivre ma carrière, me coûte aujourd’hui plus d’énergie que cela ne devrait ?
À quels endroits suis-je constamment en train de me suradapter pour être choisie ou rassurante pour mes employeurs potentiels ?
Qu’est-ce que je sais intérieurement depuis longtemps… mais que je n’ai jamais vraiment osé regarder ou honorer?
De quoi mon système nerveux aurait-il besoin pour se sentir enfin en sécurité dans mes ambitions réelles ?
Quelle artiste ai-je envie d’être à la rentrée, non seulement professionnellement et artistiquement, mais humainement ?
Et surtout :
Comment puis-je continuer à prendre soin de mon art sans m’abandonner moi-même dans le processus ?
Parce qu’au fond, les plus belles transformations artistiques commencent souvent dans ces moments plus calmes où, enfin, quelque chose en nous recommence à respirer…
Et si vous souhaitez que je vous accompagne dans votre transformation pour capitaliser sur les bienfaits de cette période idoine qui s’annonce, vous pouvez en profiter pour découvrir mes programmes d’accompagnement en cliquant sur le bouton ci-dessous!