Passer du Syndrome de l'Imposteur à un Prix de Concours International - Un Avant/Après Inspirant
Quand le syndrome de l'imposteur freine la carrière d'un.e musicien.ne…
Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, cette musicienne était déjà une excellente interprète.
Sérieuse, travailleuse, extrêmement investie dans son métier, reconnue par ses collègues pour la qualité de son jeu, elle était pourtant persuadée de ne jamais être suffisamment prête pour les concours auxquels elle aspirait.
Avant chaque audition, les mêmes pensées revenaient inlassablement:
« Je ne suis pas au niveau. »
« Les autres ont fait les bonnes écoles. »
« Ils ont plus d'expérience que moi. »
« Qui suis-je pour prétendre à ce poste ? »
Autrement dit, son cerveau comparait constamment une artiste en pleine construction à des musiciens occupant parfois les fonctions qui lui faisaient envie depuis vingt ou trente ans… Une comparaison impossible à gagner.
Comme beaucoup d'artistes, elle croyait que le problème était son niveau. En réalité, le problème était la manière dont son cerveau interprétait son niveau.
Écouter et transformer les pensées limitantes plutôt que chercher à les faire taire
Notre travail a donc commencé exactement là.
Je ne cherche jamais à convaincre un artiste qu'il est formidable à coups de pensées positives. Ce serait non seulement inefficace, mais profondément déconnecté de la réalité de ce que vit son cerveau.
En revanche, je lui apprends progressivement à distinguer les faits des interprétations qu'il construit à partir de ces faits.
Une pensée n'est pas une vérité, c'est simplement une hypothèse que notre cerveau nous propose et, qui plus est, une hypothèse passée par tous les biais cognitifs possibles et imaginables.
Or, nous avons toujours le choix de continuer à lui donner de l'énergie, ou pas.
Ce simple déplacement du regard constitue souvent un tournant majeur dans un accompagnement de préparation mentale.
Le perfectionnisme : l'ennemi invisible de nombreux.ses artistes
À mesure que nous faisions ce travail, un autre fonctionnement est apparu avec beaucoup de clarté : cette artiste vivait selon ce que j'appelle le « manuel de la parfaite musicienne ».
Dans ce manuel invisible étaient inscrites des dizaines de règles auxquelles elle devait impérativement satisfaire pour s’autoriser à se sentir légitime:
Elle devait toujours travailler davantage, être parfaitement prête avant chaque concours, elle ne devait jamais vraiment se reposer, et devait être capable de tout jouer parfaitement. Elle devait “mériter” sa place et, pour cela, devait avoir toujours plus d'expérience.
Autrement dit, elle avait construit un système dans lequel elle ne pouvait jamais réellement réussir, puisque les critères permettant de se sentir enfin "assez" reculaient constamment.
Retrouver une relation plus sereine avec son art
Nous avons alors entrepris un travail que je considère comme fondamental : réécrire entièrement ce manuel.
Non pas pour qu'elle travaille forcément moins, mais pour qu'elle cesse enfin de confondre exigence et maltraitance de soi.
Petit à petit, certaines croyances ont commencé à disparaître: le repos n'était plus une preuve de paresse mais une condition indispensable à la progression.
L'imperfection devenait une donnée normale du processus d'apprentissage, et revêtait même parfois un certain charme qui lui était propre.
Les concours n'étaient plus un jugement définitif sur sa valeur, mais des expériences lui permettant de continuer à grandir.
Et surtout, elle a commencé à déplacer son attention.
En effet, pendant des années, 95 % de son énergie mentale était consacrée à ce qu'elle faisait mal, ou à ce qu’elle devait améliorer. Et c’est naturel, nous avons toutes et tous été éduqué.e.s de cette manière: pointer au stylo rouge ce qui ne convient pas…
Or notre cerveau développe précisément ce sur quoi il porte son attention.
Nous avons donc appris à observer avec autant de précision ce qui fonctionnait déjà chez elle, dans son jeu de musicienne : la qualité de son son, sa musicalité, son phrasé, sa résilience, sa capacité de travail, tout ce qui constituait déjà ses forces.
Car un.e artiste n'est jamais engagé.e pour tout ce qu'il ou elle est parvenu.e à corriger, mais pour ce qu'il.elle fait remarquablement bien.
Reprendre confiance en son instrument et retrouver le plaisir de jouer
Progressivement, quelque chose de très touchant s'est produit… La musique a cessé d'être uniquement un terrain de performance, et est redevenue un terrain de plaisir.
Je me souviens encore du jour où cette artiste m'a dit : « Je suis redevenue amie avec mon instrument. »
Cette phrase résume à elle seule une immense partie du chemin parcouru, car lorsqu'un.e artiste retrouve cette relation profondément vivante avec son art, toute son énergie change: il ou elle ne joue plus pour éviter de se tromper , mais parce qu'il AIME profondément ce qu'il.elle fait.
Construire une carrière artistique alignée plutôt que courir après les concours
À partir de là, notre travail a naturellement évolué vers la construction de sa carrière.
Nous avons cessé de penser concours après concours pour construire une véritable vision à long terme:
Quel type de musicienne souhaitait-elle devenir ?
Quelle vie voulait-elle construire autour de sa musique ?
Quelle place souhaitait-elle laisser à sa vie personnelle ?
Quels projets avaient réellement du sens pour elle ?
Quels orchestres la faisaient vibrer ?
Quel environnement humain désirait-elle rejoindre ?
À partir du moment où cette vision est devenue claire, les décisions sont devenues infiniment plus simples.
Elle a commencé à quitter progressivement un poste qui ne lui correspondait plus, a développé son réseau avec beaucoup plus de naturel.
Elle a recommencé à créer des projets personnels, organisé des filages, et sollicité des musiciens qu'elle admirait.
Ce faisant, elle a développé sa visibilité auprès de son réseau professionnel, et obtenu plusieurs opportunités de travail en ayant été recommandée par des collègues.
Elle a ainsi commencé à créer elle-même les opportunités qu'elle attendait désespérément auparavant.
Pourquoi le lien humain (ce fameux “réseau”) est essentiel dans une carrière musicale
Parce qu'une carrière artistique ne se construit pas uniquement grâce au talent, mais aussi grâce aux liens humains, à la visibilisation de ses intentions, à la capacité d'oser proposer, relancer, créer des rencontres, et accepter les refus sans remettre en question sa valeur.
À partir du moment où cette merveilleuse artiste a cessé d'attendre d'être "assez prête" pour entrer en relation avec les autres professionnels, les opportunités ont commencé à se multiplier.
L'objectif exaltant : devenir la musicienne capable de parvenir à réaliser ses aspirations
Pendant tout ce processus, nous avons également beaucoup travaillé sur sa manière de penser l'avenir.
Je lui ai proposé de construire ce que j'appelle un Objectif Exaltant : un objectif suffisamment grand pour obliger son cerveau à développer de nouvelles compétences mentales, émotionnelles, relationnelles et artistiques.
Le véritable objectif n'était pas seulement de réaliser cet objectif mais de devenir l’artiste capablede réaliser cet objectif.
Cette nuance change absolument tout.
Car lorsque l'on se concentre uniquement sur le résultat extérieur, chaque échec semble remettre toute notre valeur en question, alors que si l’on concentre notre énergie sur la personne que l'on devient, chaque expérience, quelle qu'elle soit dans notre parcours, participe à notre évolution.
Les résultats : davantage de confiance, une carrière qui s'accélère… et un prix à un concours international
C'est exactement ce qui s'est passé pour cette musicienne:
Elle a commencé à préparer les concours autrement, a multiplié les occasions de jouer, s'est autorisée à expérimenter, a davantage osé et s'est progressivement détachée du besoin de validation permanente.
Elle a développé de nouveaux liens humains professionnels porteurs de nouvelles opportunités de se produire dans les milieux auxquels elle aspirait.
Elle a également retrouvé une immense liberté artistique, et jouait donc évidemment de mieux en mieux.
Non pas parce qu'elle travaillait davantage, mais parce qu'elle travaillait dans une énergie radicalement différente.
Quelques mois plus tard, elle s'est présentée à un concours international et y a obtenu un prix.
Évidemment, ce résultat est magnifique… mais ce n'est pourtant pas ce qu'elle considère aujourd'hui comme sa plus grande réussite.
La plus belle victoire n'est jamais un prix ou une médaille…
Quelques semaines plus tard, elle m'a écrit un message qui m'a profondément touchée, ou elle me confiait ceci :
« J'ai joué sans avoir rien à prouver, juste heureuse de jouer en public de la belle musique. C'est un état que je ne pensais jamais connaître. C'est presque ça, ma plus belle réussite. »
Je crois que cette phrase résume parfaitement ce que j'essaie de transmettre dans chacun de mes accompagnements.
Bien sûr que les résultats comptent, et que j'aime voir les artistes que j’accompagne obtenir les postes, les contrats, les rôles ou les concours dont ils ou elles rêvent.
Mais ces résultats sont la conséquence d'une transformation beaucoup plus profonde.
Lorsqu'un.e artiste cesse enfin de croire que sa valeur dépend de la validation extérieure, et retrouve le plaisir de créer; lorsqu'il ou elle construit une carrière alignée avec ses aspirations plutôt qu'en fonction de ses peurs et conditionnements, alors les résultats deviennent beaucoup plus probables.
Et même lorsqu'ils prennent plus de temps que prévu, ils cessent d'être la seule condition permettant d'être heureux.
C'est précisément ce qui permet, selon moi, de se construire une carrière artistique non seulement durable, mais également réjouissante et épanouissante.
Parce qu'un.e artiste qui n'a plus rien à prouver devient enfin libre de proposer au monde ce qu'il a de plus précieux : sa singularité.
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